22/10/2013

Pictura - Carine Geerts

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Gustave se remet au travail, assis devant son chevalet où se trouve la toile.
- C'est exquis, finit par murmurer Johanna derrière lui.
Gustave hausse les épaules sans se retourner.
- Une petite bêtise.
- Mais c'est complet. C'est un bijou de vérité et de lumière, reprend Johanna qui s'échauffe. Ah ! La simplicité de ça, c'est ce qui me bouleverse....
Du coup, le peintre se recule. Cligne des yeux, d'un air plein de surprise.
- Tu trouves ? Ca te plait, vraiment ? Je la juge infecte cette toile.
Ses mains tremblent. Tout son corps est dans le tressaillement douloureux de la création.
- Je suis convaincu que je n'ai plus de talent.
Il se débarrasse de sa palette. Il se tourne vers elle et lui dit.
- Il y a des jours où je me demande si je vais encore savoir dessiner un nez. A chacun de mes tableaux, j'ai encore une grosse émotion. Le cœur qui bat, une angoisse qui sèche la bouche, un trac abominable.
Il marche dans l'atelier. Il continue, emporté malgré lui par un souffle de violence.
- Je n'ose plus croire. Mon malheur doit être que j'ai à la fois trop et pas assez de sens critique. Dès que je me mets à une étude, je l'exalte, puis si elle n'a pas de succès, je me torture.
Johanna reste immobile, étonnée, embarrassée devant ce sanglot de grande douleur de l'enfantement. Elle lui dit doucement
- Tu n'as jamais rien peint de si puissant.
Gustave la regarde encore droit dans les yeux. Puis, il se retourne vers sa toile, s'absorbe et reprend sa palette...

(Extrait du Chapitre 5 "L'exaltation croissante" - Pictura - Carine Geerts)

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09/04/2013

Taggeur de peau...

15344_1292481034230_262026_n.jpgC'était un taggueur de peau, un dessinateur de caresses colorées. Sur une table en bois posée sur tréteaux, se battaillaient des pinceaux en bocal, d'autres déposés ici ou là, des pots de verre contenant du sable de différentes teintes. Sur un tabouret, des tubes de peinture.

Il a dessiné des arbustes, une montagne nuageuse, un sentier de neige. De temps à autre elle cambrait le dos, un réflexe pour éviter le chatouillis d'une plume. Le sable lui procurait une légère sensation ambigue, agréable comme un drap dont on voudrait s'alléger.

Il a terminé les doux et lents préliminaires. Elle est debout, a un mouvement d'épaules, mais il lui demande de rester ainsi, le dos tourné.
Elle sent maintenant un doigt effleurer le paysage, longer ses fesses enneigées, sableuses, ocres brune et blanches...

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