12/07/2013

"Clara" - Sabine Barbier - La Chaumière des Mots...

941575_10151498428414398_2032026568_n.jpgLes thèmes du livre
- L’émancipation des femmes
http://revueagone.revues.org/427
- Carrière et famille, inconciliable ?
http://www.lexpress.fr/emploi-carriere/soit-on-est-business-woman-soit-on-est-mere-de-famille_892582.html
- Suicide

Mon ressenti
Dans sa préface, Raymond De Mey, psychothérapeute, écrit cette phrase : « [...] Et si, de même, l’on envisageait de considérer le suicide comme l’opportunité saisie par un être, ayant fait ses comptes, de se refaire une vie meilleure au-delà de celle-ci, et qu’on le célébrait ? »
Et à la fin du livre, Carine Geers, elle, note : « C’est une réaction désadaptée, car pour la personne qui y survit les problèmes restent entiers et les conséquences sont souvent graves et de longue durée. »
La question sous-jacente entre ces deux positions est donc de savoir si on prend le risque de « tenter » sans savoir si on ira vers une vie meilleure ou vers un enfer plus prononcé.
Tout comme dans mon article précédent, « Véronika décide de mourir », ces réflexions sont très personnelles et je vous laisse réfléchir au sujet, comme je l’ai fait.

Ce qui m’a surtout interpellée dans ce roman, c’est une question qui me taraude depuis bien des années, en fait depuis que j’ai acquis le statut de « femme » : nos mères, nos grands-mères se sont battues pour notre émancipation. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Qu’en avons-nous fait ? Nous, les Femmes ? Elle, la Société ?
A l’époque, il semblait évident que c’était une grande victoire, les mères, les épouses, les célibataires, les veuves, étaient enfin libres de diriger leur vie, de faire carrière, de refuser un mariage, de voter…
Aujourd’hui, un constat peut être fait : avant, les femmes pliaient sous les coups de leur père, frère, mari. Cela a-t-il changé ? Avant, les femmes restaient à la maison pour s’occuper du foyer et des enfants, aujourd’hui elles continuent de le faire avec soit le cumul de leur emploi, soit le poids du chômage. Qu’est-ce qui est mieux ?
Et je pourrais continuer longtemps cette liste de questions, de comparaisons…

Dans son roman, l’auteur nous emmène dans le monde de Clara, qui a tout sacrifié à sa carrière. Et elle se retrouve seule, seule ! Combien sommes-nous dans ce cas ? Combien de femmes retrouvent un foyer vide à leur retour ? Combien de femmes, sorties de leur bureau, de leur usine, se sentent perdues car n’ayant aucun but ?
Bien sûr, je ne laisse pas entendre qu’il faudrait revenir en arrière : j’aime avoir mon compte en banque personnel, aller en boîte de nuit si j’ai envie, n’avoir des comptes à rendre qu’à moi seule. Mais avons-nous vraiment su exploiter ce que nos aïeules nous ont légué ? 

http://www.lachaumieredesmots.com/clara-carine-geerts/

 

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17/06/2013

Clara - Eric Allard

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CLARA de Carine GEERTS

Une femme sombre 

Clara est une avocate du barreau de Bruxelles renommée et redoutée pour sa lutte en faveur des femmes. Elle vit seule d’amours éphémères qui ne l’attachent pas. Sans entrave familiale ou sentimentale, elle « croit être une femme libre alors qu’elle n’est qu’une femme seule ».

Mais, toute à ses combats, elle ne s’en est jamais plaint jusqu’à la veille de ses quarante-huit ans et la perspective d’une fin de vie moins glorieuse. Déjà, observe-t-elle, les hommes se retournent moins sur son passage. Dans le restaurant où elle fête en solo son anniversaire, elle fait la rencontre d’un Parisien de passage pour affaires dans la capitale. Elle le rejoindra les jours suivants à l’hôtel Métropole et bientôt à Paris ainsi qu’à Saint-Valéry-sur-Somme où l’homme, marié et père d’un petit garçon, possède une maison de campagne. Après son séjour en France et l’assurance que sa liaison est sans avenir, Clara va déprimer et aller sans tapage, comme en silence, jusqu’à se donner la mort.

images?q=tbn:ANd9GcScgN-xnVHVSD3rPx5xtJaxx9r9pW9f-BPoTMzeLMHnMMrpfAcArYwWk_VHRien dans le suicide de Clara qui rappelle, dans la forme ou sa motivation, les grands suicides féminins de la littérature hormis peut-être Emma Bovary. On peut, il me semble, dresser un parallèle entre les deux femmes. Toutes deux sont emblématiques de leur époque respective (cependant à l’opposé) et  ne se satisfont pas de leur condition ; elles aspirent à autre chose, que les hommes qu’elle fréquente ne peuvent leur offrir.

Pour revenir à Clara, on ne peut pas croire qu’elle se tue par amour. Celui qu’elle a vécu avec Marc Levasseur fut trop court quoiqu’intense pour en être la cause. Cette idylle lui a seulement fait réaliser l’impossibilité d’une vie conjugale et familiale. Elle fut aussi son ultime espoir d’avoir un enfant. On peut penser, et son parcours incite à le croire, qu’elle a embrassé les idéaux de l’émancipation féminine, ces déterminismes sociaux d'un nouveau genre, qui ne lui convenaient pas tout à fait et que, lancée aveuglément dans cette voie, elle n’a pas pris soin d’asseoir son existence sur des bases solides, d’éclairer son intérieur à des clartés fiables.

Dans un monde qui lui offrait tous les possibles, elle s’est trouvée incapable de se frayer un chemin et, au final, elle renoue avec une tradition romantique un peu éculée, celle du meurtre de soi. Une mort volontaire précède l'acte fatal de Clara, celle de sa cliente. Le suicide qui va lui servir de déclencheur reste un acte d’amour, de désespoir amoureux. Le sien, non. À défaut d’avoir pu conduire son existence, elle exprime par ce geste extrême qu'elle peut y mettre un terme à sa façon en choisissant comment sombrer.

À noter que la romancière n’a pas accordé de patronyme à son personnage ni de véritable passé.

Que ces considérations (psycho)sociologiques ne nous fassent pas perdre de vue qu’en donnant à son intrigue une ligne claire, Carine Geerts exerce au mieux son art de la narration. Elle le fait au moyen de phrases courtes, souples, élégantes en diable, qui mêlent divers modes de discours. Une écriture vive qui se tient au plus de son héroïne. À noter aussi que ce livre qui se présente dans un format de poche faisant penser à celui de la collection Folio ajoute encore au plaisir de lecture.

Clara est le septième roman de Carine Geerts aux éditions Brumerge.

Éric Allard

http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/archive/2013/06/12...

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