22/05/2015

Extatique Noël - Carine Geerts

Extatique Noël.jpgUn vertigineux décolleté caché sous une grosse écharpe, les jambes gainées de bas résille et les pieds juchés sur des escarpins altiers.  J'attends dans ma folle impatience de l'avidité que j'ai de lui, de foncer le rejoindre dans la quiétude de sa maison pour fêter à ses côtés la Nativité.
Alors que brillent les joyeuses flambées de sarments dans la cheminée, pendant que le vent de décembre souffle et ébranle la maison.  Je suis nue, frissonnante et offerte, debout devant la table.
Peut être a-t-on dîné, je ne m'en souviens pas.  De faim, je n'en ai qu'une seule, et c'est de lui. Offerte, je le suis plus que jamais.  Ouverte, séduite, conquise.  Je n'ai d'autre dessein que d'être à lui, d'autre désir que de lui appartenir. Le reste s'est envolé dans le tourbillon de mes émotions.  Je me rappelle seulement l'intensité de ses yeux gourmands, c'est la dernière chose que je vois avant que le bandeau ne vienne m'offrir la nuit profonde.
L'odeur du cuir est d'abord venue m'envoûter.  La sensation chaude des bracelets emprisonnent mes poignets.  Je frémis lorsque ses doigts sont venus enserrer la sangle étroitement, faisant épouser les liens à ma peau, à mes sens, avant de tendre mes bras vers le ciel, m'offrant à ses yeux, à ses voeux, à son gré.
Je sens la corde qui bande mon corps, qui tend mes bras et m'élève plus haut que mes talons aiguilles ne peuvent le faire.  Largement écartelée, inéluctablement assujettie et intimement béante, j'ai goûté à l'ineffable et coupable plaisir de n'être plus moi-même.
Je suis là, tendue et offerte, soumise et indécise.  Silence et attente.  Le temps s'est arrêté.
Les yeux clos, éperdue et déconcertée par le bruissement du papier de soie.  Un imperceptible tintement de métal m'évoque à raison le frémissement d'une pince entre ses doigts habiles.  La pince m'a saisie.  Vive et goulue sur l'aréole de mon sein.  Intrusive piqûre qui me lancine.  Lente et impérieuse, elle s'installe pour mieux régner sur mes sens.  Oppressante et magistrale, elle m'éprouve.
Et puis, subitement, sans avoir eu le temps d'anticiper le coup, sentir le soufflet de la cravache faire tressaillir mon corps, avec une brûlure qui me jette dans l'esquive.  Violente lanière à laquelle, malgré mes tentatives je ne peux me dérober.  Je suis là, suspendue à sa main, cherchant à deviner où le coup s'abattra, apeurée autant qu'éperdue, craintive autant qu'exaltée.  Je ne sais plus si j'ai crié grâce, peut-être que oui, peut-être que non.
Je sais très bien combien j'ai tremblé lorsqu'il m'a détachée pour prendre mon corps et le blottir dans ses bras. 
Intense et profond, le meilleur est pour la fin.  Refuge, sanctuaire, éternité.
A lui, je me suis entièrement abandonnée, indiscible plaisir de sentir au plus pofond de moi que je lui appartiens enfin...
(Texte de Carine Geerts)

Écrit par carine geerts dans Textes Cook & Book |  Facebook

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