17/06/2013

Clara - Eric Allard

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CLARA de Carine GEERTS

Une femme sombre 

Clara est une avocate du barreau de Bruxelles renommée et redoutée pour sa lutte en faveur des femmes. Elle vit seule d’amours éphémères qui ne l’attachent pas. Sans entrave familiale ou sentimentale, elle « croit être une femme libre alors qu’elle n’est qu’une femme seule ».

Mais, toute à ses combats, elle ne s’en est jamais plaint jusqu’à la veille de ses quarante-huit ans et la perspective d’une fin de vie moins glorieuse. Déjà, observe-t-elle, les hommes se retournent moins sur son passage. Dans le restaurant où elle fête en solo son anniversaire, elle fait la rencontre d’un Parisien de passage pour affaires dans la capitale. Elle le rejoindra les jours suivants à l’hôtel Métropole et bientôt à Paris ainsi qu’à Saint-Valéry-sur-Somme où l’homme, marié et père d’un petit garçon, possède une maison de campagne. Après son séjour en France et l’assurance que sa liaison est sans avenir, Clara va déprimer et aller sans tapage, comme en silence, jusqu’à se donner la mort.

images?q=tbn:ANd9GcScgN-xnVHVSD3rPx5xtJaxx9r9pW9f-BPoTMzeLMHnMMrpfAcArYwWk_VHRien dans le suicide de Clara qui rappelle, dans la forme ou sa motivation, les grands suicides féminins de la littérature hormis peut-être Emma Bovary. On peut, il me semble, dresser un parallèle entre les deux femmes. Toutes deux sont emblématiques de leur époque respective (cependant à l’opposé) et  ne se satisfont pas de leur condition ; elles aspirent à autre chose, que les hommes qu’elle fréquente ne peuvent leur offrir.

Pour revenir à Clara, on ne peut pas croire qu’elle se tue par amour. Celui qu’elle a vécu avec Marc Levasseur fut trop court quoiqu’intense pour en être la cause. Cette idylle lui a seulement fait réaliser l’impossibilité d’une vie conjugale et familiale. Elle fut aussi son ultime espoir d’avoir un enfant. On peut penser, et son parcours incite à le croire, qu’elle a embrassé les idéaux de l’émancipation féminine, ces déterminismes sociaux d'un nouveau genre, qui ne lui convenaient pas tout à fait et que, lancée aveuglément dans cette voie, elle n’a pas pris soin d’asseoir son existence sur des bases solides, d’éclairer son intérieur à des clartés fiables.

Dans un monde qui lui offrait tous les possibles, elle s’est trouvée incapable de se frayer un chemin et, au final, elle renoue avec une tradition romantique un peu éculée, celle du meurtre de soi. Une mort volontaire précède l'acte fatal de Clara, celle de sa cliente. Le suicide qui va lui servir de déclencheur reste un acte d’amour, de désespoir amoureux. Le sien, non. À défaut d’avoir pu conduire son existence, elle exprime par ce geste extrême qu'elle peut y mettre un terme à sa façon en choisissant comment sombrer.

À noter que la romancière n’a pas accordé de patronyme à son personnage ni de véritable passé.

Que ces considérations (psycho)sociologiques ne nous fassent pas perdre de vue qu’en donnant à son intrigue une ligne claire, Carine Geerts exerce au mieux son art de la narration. Elle le fait au moyen de phrases courtes, souples, élégantes en diable, qui mêlent divers modes de discours. Une écriture vive qui se tient au plus de son héroïne. À noter aussi que ce livre qui se présente dans un format de poche faisant penser à celui de la collection Folio ajoute encore au plaisir de lecture.

Clara est le septième roman de Carine Geerts aux éditions Brumerge.

Éric Allard

http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/archive/2013/06/12...

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