01/03/2012

Cynthia Luciaud - Mundélé - ciao.fr...

Mundélé.jpg"Mundélé", un livre qui m'a touchée et émue au plus profond de moi-même, et fait comprendre bien des choses plus encore que je n'aurai osé l'imaginer. Je me suis laissée entraîner par la plume envoûtante de Carine Geerts au coeur même d'une Afrique très attachante que l'on a du mal à quitter en refermant le livre.   J'ai eu un petit pincement au coeur après l'avoir terminé non sans le déguster et le lire doucement pour en apprécier le plus possible son contenu dense de messages à faire passer.  Un petit pincement de quitter cette terre congolaise et ces deux principaux héros, Willy et Aimée, qui m'ont emmenée avec eux au travers des lignes de ce livre. Une histoire remplie d'émotion où l'on apprend à connaître plus le peuple des pygmées Babingas, au travers de leurs rituels tribaux, coutumes et leur façon de vivre au quotidien.

J'ai adoré l'histoire d'amour très puissante entre Willy, fonctionnaire colonial belge et Aimée femme emblématique Pygmée Babingas. Un amour sans limite pour cette femme mais aussi sa culture, son pays, son peuple. Willy nous donne un magnifique exemple de ce qu'est l'ouverture culturelle et d'esprit vis à vis d'une race totalement différente de la nôtre, mais dont nous avons tout à apprendre et bien des enseignements à tirer. Un long parcours initiatique attend Willy dont il en ressortira bouleversé à tout jamais.

Carine Geerts a le don de nous immerger impeccablement au coeur même de cette tribu au son de ses tam-tams, de ses chants, au gré de ses danses et rituels ancestraux. J'ai été captivée par cette histoire et émue par ce peuple qu'Aimée défend corps et âme contre ces missionnaires abusifs qui tentent de le détourner de lui-même.  Tout au long de ma lecture, j'ai été également parfois triste de constater au travers de cet ouvrage, le racisme et toute l'arrogance des missionnaires blancs envers ces congolais qu'ils jugent inférieurs à eux, bien à tord et de la discrimination à l'état pure dont ils ont fait preuve ! Ces congolais qui au contraire, sont générosité, joie de vivre, modestie et sont dotés de grandes qualités de coeur.

En refermant ce livre, j'ai soupiré et pensé que ces pygmées qui vivent en accord avec la nature, pratiquent des arts ancestraux et des rituels n'ont rien à nous envier, mais au contraire bien des leçons de vie à nous inculquer. Nous nous devons d'être humbles à leur égard.   On apprend aussi à connaître quelques mots et expressions de cette terre africaine et à les décoder grâce au précieux lexique que Carine Geerts joint toujours à ses romans. Ainsi, on est encore plus plongé dans l'ambiance et la couleur pourpre de cette terre.

 

L'ouvrage

Mundélé a fait l'objet d'un mémoire de lettre à l'Université Mohamed Kider de Biskra (Algérie) sur le thème :
"A la recherche d'une identité perdue dans la littérature de voyage" - Cas de "Mundélé" de Carine Geerts

Petit questionnaire avec l'auteur 

Carine, as tu connu personnellement un Willy Thijs ?   Tous les anciens colons sont en quelque sorte des Willy Thijs. Ils doivent avoir l'esprit aventureux, être débrouillards, et surtout pouvoir faire abstraction de ce qu'ils connaissent en Europe. En Afrique, tous les paramètres sont différents. Ils doivent apprendre à penser et agir à l'africaine, et non plus comme des occidentaux, sinon ils sont définitivement perdu là-bas, et ils ne restent pas bien longtemps.

Carine, pourquoi avoir choisi cette fin pour Aimée ?   Je voulais écrire un livre sur l'oeuvre, les bienfaits mais aussi les méfaits de la colonie belge au Congo, car nous avons des leçons à tirer de la présence belge dans ce pays. Les colons, comme les Missionnaires n'ont pas toujours été corrects avec les congolais. Je voulais aussi que Willy reste fidèle à la mémoire d’Aimée après sa mort, afin de démontrer que les occidentaux pouvaient apprécier les congolais et les aimer.

Quels sont les messages forts que tu as voulu faire passer au travers des lignes de cet ouvrage ?    Ca risque d'être long à expliquer (sourire).
J'ai voulu révèler certains aspects et points qui sont souvent inconnus de notre génération, j'ignore si ceux-ci sont passés auprès des lecteurs de "Mundélé". Je me permets de les reprendre ci-après :
- Le premier point qui me semble très important est que la culture traditionnelle congolaise (et africaine) est très riche. C'est dommage qu'elle se perd car actuellement dans les sociétés orales, ce sont les vieilles personnes qui sont dépositaires du patrimoine et lorsqu'elles meurent il n'y a "parfois" plus personne pour prendre la relève. C'est ainsi qu'une ethnie est amenée à disparaître.
- Le deuxième point est que les pères missionnaires ont destructuré des ethnies entières laissant les "autochtones" dans un désarroi culturel incroyable. Ceux-ci ne se sentaient ni "noirs", ni "blancs".
Les missionnaires ont "peu à peu" détruits une culture animiste pour imposer le christianisme au point que c'est façonné un déracinement et une acculturation à outrance.
- Le troisième point est que l'on ne peut pas dire que telle société est "primitive", "barbare" ou "développée".
Ces jugements sont des a-priori pour toutes personnes qui les observent en trouvant que les moeurs sont différentes que les leurs et les considèrent donc comme "anormales".
Avant d'approcher une société différente que la sienne, il faut pouvoir détruire un certain nombre de préjugés et pour commencer se dire que la civilisation occidentale n'a pas la supériorité culturelle par rapport aux autres sociétés.
- Le quatrième point est que la haine à l'égard des congolais est de la bêtise manifeste car pendant toute la période où j'ai habité au Congo/Zaïre, j'ai vécu au milieu d'eux. Je les apprécie pour leurs qualités de coeur, leur générosité, leur patience et leur subtilité d'esprit mais surtout pour leur joie de vivre, et ce malgré dans la misère dans laquelle ils vivent.

Te sens tu proche de la spiritualité des Pygmés Babingas ?   Non, pas du tout. Les pygmées se consacre encore à une culture animiste où pour eux vivre c'est comme une harmonie réelle entre notre microcosme et le macrocosme de l’Univers. Ils ont toujours des rites traditionnels, des croyances et des superstitions qu'heureusement les Missionnaires ne sont pas parvenus à complètement détruire.

Te sens tu en accord avec leur mode de vie et façon de penser même si la société dans laquelle tu évolues est totalement différente de leurs moeurs et coutumes ?    Notre vision occidentale est très loin de leur mode de pensées. Il faudrait pouvoir ne pas songer à un ralliement massif à notre civilisation et les laisser vivre comme ils le désirent, sans préjugés, et surtout en s'imaginant que notre façon de vivre ou de pensées est meilleure que la leur. Les occidentaux se prennent pour les instituteurs du monde, alors que ces communautés rurales ne sont pas attardées. Elles parviennent à subvenir à leurs besoins essentiels et à inculquer à leurs enfants des modèles qui leur permettent d'interpréter le monde qui les entoure.

Pourrais-tu tout abandonner pour vivre à leurs côtés ?   Non, pas du tout. Nous sommes plongés dans un bain d'habitudes, de comportements, de modes de pensées, qu'il nous est tout à fait impossible d'abandonner pour vivre comme une autre société que la nôtre. Il suffit de voir la difficulté que nous avons déjà à nous adapter dans un autre pays européen.

Où puises-tu ta source d'inspiration pour les scènes d'amour entre Aimée et Willy, que tu décris et qui sont terriblement puissantes émotionnellement ?    J’ai voulu faire connaître à mes personnages une union mystique, une fusion des êtres, en érotisant légèrement certaines scènes mais sans tomber dans une débauche libertine. Je pense que grâce à l'Amour, naît la joie, le bonheur. Cest en quelque sorte, un avant-goût de l’Absolu. J'aime l'innocence, la pureté d'Aimée, ses élans mystiques et le don d'elle-même qu'elle fait à Willy.

Merci Carine pour toutes ces réponses et pour m'avoir fait découvrir ce magnifique petit bijou littéraire qu'est Mundélé !!!

http://www.ciao.fr/Mundele_Carine_Geerts__Avis_1369724

Écrit par carine geerts dans Commentaires reçus pour Mundélé |  Facebook

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